Quel effet des attentats terroristes sur les indices boursiers ?

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Cet article est dédié aux victimes des attentats terroristes, ainsi qu’à leurs familles et leurs proches.

 

Fluctuat Nec MergiturTout le monde a été horrifié par les attentats terroristes qui ont frappé Paris vendredi dernier, sans oublier ceux de début janvier. Décidément, cette année 2015 est très étrange.

Dans leur stratégie morbide, les terroristes du XXIème siècle ont pour but de faire vaciller les équilibres sociétaux.

L’objectif ultime est de faire s’affronter les communautés de différentes origines au sein des pays visés. Eu égard à notre histoire et à la structure de notre population, ce n’est pas un hasard si la France est une cible privilégiée. Si vous suivez l’actualité, vous pouvez facilement identifier la classe politique qui tombe à pieds joints dans le piège tendu par les terroristes.

Nous savons tous qu’un des ressorts des marchés financiers est la confiance. Il est donc légitime de s’attendre à ce que les marchés, toujours très prompts à réagir, seraient les premiers à montrer des signes d’une victoire de la terreur : sous forme d’un krach, ou plus subtilement sous forme d’une volatilité accrue des indices.

L’objet de cet article est d’examiner les conséquences des attentats terroristes de grande ampleur sur les marchés financiers. C’est un exercice utile pour l’investisseur assidu qui doit prendre en ligne de compte tous les aspects des marchés, y compris les aspects sociétaux et psychologiques.

Je reprends ici l’historique des attentats les plus effroyables du XXIème siècle et examine leur effet à court/moyen termes sur le CAC 40, et sur les 2 principaux indices boursiers anglo-saxons : le S&P 500 et le FTSE 100.

Voyons si le terrorisme parvient à faire trébucher Monsieur le Marché.

L’effet des attentats terroristes hors Occident

Le terrorisme « moderne » du XXIéme siècle peut s’enorgueillir d’un total de plus de 5 500 victimes. L’infographie qui suit regroupe les 10 attentats les plus meurtriers de ce siècle.

 

attentats terroristes les plus meurtriers du 21ème siècle
Les 10 attentats les plus meurtriers du XXIème siècle (jusqu’en octobre 2012)


Le bilan macabre ci-dessus s’arrête en octobre 2012. Depuis, on devrait y ajouter 2 attentats au Nigéria (Jos et Kano), 1 au Yemen (Sanaa), 1 au Kenya (Université de Garissa), celui d’Ankara en Turquie, et enfin celui du 13 novembre dernier à Paris, attentats qui ont tous chacun fait plus de 100 victimes. Sans compter le récent crash du vol Charm-el-Cheikh/Saint-Petersbourg qui est probablement du à un attentat.

 

Notons que la majorité des attentats ont lieu en Orient (Moyen-Orient et Asie du Sud-Est) et en Afrique.

Ces attentats sont peu médiatisés dans les pays occidentaux. C’est une réalité bien triste : les média occidentaux s’intéressent surtout aux attentats en Occident, ou qui touchent des intérêts occidentaux.

On ne sera donc pas surpris de constater que les attentats qui ne s’attaquent pas aux intérêts occidentaux n’apparaissent même pas sur les radars des marchés.

Prenons par exemple les 3 attentats de Karachi, Qahtaniya et Bombay qui ont eu lieu en 2007 et 2008, et regardons l’évolution du S&P 500 sur cette période :

 

cours et volatilité du S&P 500 après les attentats terroristes de Karachi, Qahtaniya et Bombay

 

Ces 3 attentats ont eu lieu dans 2 configurations de marché opposées : Karachi et Qahtaniya en plein « bull market » en 2007, et Bombay en pleine déconfiture des sub-primes fin 2008.

On ne remarque absolument rien, que ce soit en terme d’indice ou en terme de volatilité de l’indice, et que ce soit à court terme, ou à moyen terme. Le marché haussier est demeuré haussier, et le marché baissier est demeuré baissier.

Pas surprenant comme résultat.

 

Le 11 septembre

A l’autre extrémité de l’échelle des attentats, nous avons ceux du 11 septembre 2001.

Ici, tous les ingrédients étaient réunis pour faire capoter les bourses occidentales : une attaque simultanée sur le sol américain contre le symbole du capitalisme qu’étaient les tours jumelles de Wall Street et contre les symboles du pouvoir (la Maison Blanche et le Pentagone), avec à la clé un bilan effroyable de presque 3 000 victimes.

Quel effet sur le S&P 500 ? Voici :

 

cours et volatilité du S&P 500 après les attentats terroristes du 11 septembre 2001

 

Certes, on note un krach d’une dizaine de pour-cents la semaine qui a suivi l’attentat entre le 17 et le 21/09, accompagné d’une volatilité anormale supérieure à 1 %.

Mais l’indice S&P 500 a mis à peine 1 mois pour retrouver son niveau du 10/09/2001, puis il a augmenté jusqu’à la fin de l’année. Même pas mal.

Ce comportement est particulièrement impressionnant quand on se rappelle que le marché pré-attentats était globalement baissier suite à l’éclatement de la bulle internet, et il le restera d’ailleurs jusqu’en 2003.

 

Les attentats en Europe

Qu’en est-il en Europe ?

Prenons l’exemple le plus spectaculaire avant vendredi dernier : la vague d’attentats dans les transports en commun de Londres en juillet 2005 (56 victimes en tout, R.I.P.). Voici l’effet sur le FTSE 100 :

 

cours et volatilité du FTSE 100 après les attentats terroristes de Londres en 2005

 

L’indice de la City a décroché d’à peine 1,36 % le jour du premier attentat (le 07/07/2005) et sa volatilité traditionnellement faible a certes atteint un pic remarquable à 1 %.

Puis, dès le lendemain, l’indice a repris sa marche vers le haut comme si de rien n’était. Le flegme britannique dans toute sa splendeur. « Rule Britannia…».

 

Qu’en est-il des attentats qui ont touché Paris en 2015 ?

Voici l’évolution du CAC 40 et de sa volatilité depuis le début de l’année :

 

cours et volatilité du CAC 40 après les attentats terroristes de Paris en 2015

 

On notera à peine un léger pic de volatilité après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher. Pas de quoi empêcher le rallye boursier effréné de l’hiver et du printemps dernier.

Quant aux attentats du 13 Novembre, la volatilité du CAC 40 n’en porte pas trace, et l’indice a progressé de plus de 2 % cette semaine. Même pas peur.

 

Que retenir de tout ceci ?

Que le terrorisme a très peu, voire aucune incidence sur les indices boursiers les plus larges.

Ponctuellement, le trader pourra cyniquement essayer de profiter de réactions de court terme, ou d’une faiblesse temporaire de certaines industries : le transport aérien ou le tourisme par exemple. Chacun met son niveau de moralité où il l’entend.

 

Par contre, l’investisseur de long terme n’a pas à se préoccuper du terrorisme (en matière d’investissement).

Plus largement, la plupart des économistes s’accordent sur le fait que le terrorisme a peu d’impact sur le plan macro-économique dans les pays occidentaux.

L’historique montre qu’aucune économie locale n’a vu sa trajectoire modifiée du seul fait d’attentats terroristes, que ce soit à la baisse ou à la hausse.

Par exemple, en septembre 2001 l’économie US était déjà en récession, et elle l’est restée post-attentats.

Après les attentats de mars 2004 à la gare d’Atocha, la forte expansion de l’économie espagnole n’a pas été freinée. Idem pour ceux de Londres en 2005 évoqués plus haut, la croissance britannique de l’époque n’a pas le moins du monde ralenti.

 

Messieurs les terroristes, vous pouvez peut-être nous tuer, mais vous n’arriverez pas à nous ruiner.

 

« Seuls les morts ont vu la fin de la guerre »

Platon

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3 Responses

  1. Anonyme

    Merci pour cet excellent article Laurent
    Encore une fois, l’investisseur long terme ne doit pas « s’occuper » du bruit ambiant pour se demander s’il doit ou non investir

    J’adore ta conclusion …

    • Laurent
      Laurent

      Bonjour,

      Merci pour le compliment. J’ai essayé de faire aussi digne que possible, sans éluder la thématique du blog.

      Excellent week-end.
      L.

  2. patrice de optimiser son budget

    intéressante cette analyse, cela à dû te prendre du temps … En ce qui me concerne des maigres placements que j’ai , le nasdaq a bien augmenté et au niveau du cac40 J’ai AXA comme action et elle a bien progressée. Résultats je n’ai pas ressenti d’effets négatifs des attentats de paris mais plutôt l’inverse. Voici pour ma maigre contribution de novice dans la bourse:)

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