Calculer les plus-values sur un portefeuille boursier

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plus-values sur cession de titres mobiliers

Le sujet peut sembler trivial de prime abord mais le calcul des plus-values sur un portefeuille boursier n’est pas toujours évident.

Il l’est quand on achète une seule ligne d’un seul titre à un prix unique. Dans ce cas élémentaire, il n’y a en effet aucune ambiguïté. La plus-value est simplement la différence, si elle est positive, entre le prix de vente et le prix d’acquisition de la ligne nette de frais de transactions.

Les choses se compliquent lorsqu’on achète et qu’on vend successivement plusieurs lignes d’un même titre à des prix différents. Les investisseurs les plus actifs sont souvent confrontés à cette situation de cessions partielles de différentes lignes d’un même titre acquises à des prix distincts.

A ma connaissance, Il y a 3 méthodes pour calculer les plus-values sur les cessions d’un même titre acquis à prix distincts :

  • La méthode fiscale

    La
    méthode fiscale est celle appliquée par votre courtier. Elle consiste dans un premier temps à calculer un prix moyen pondéré d’acquisition (PMPA) des titres qui vont être cédés.

    Puis on calcule la plus-value pour chaque titre comme la différence entre le prix de cession et le PMPA. La plus-value totale est enfin simplement obtenue en multipliant la plus-value unitaire par le nombre de titres cédés.

  • Les méthodes comptables FIFO et LIFO

    Les méthodes comptables FIFO (First In First Out) et LIFO (Last In First Out) sont totalement différentes de la méthode fiscale.

    La plus-value sera ici calculée comme la différence entre le prix de cession et le prix d’acquisition de chaque titre. Le prix moyen pondéré d’acquisition n’intervient donc pas dans le calcul de la plus-value : chaque titre est traité individuellement à son prix d’acquisition.

    La seule différence entre les méthodes FIFO et LIFO réside dans l’ordre de cession des titres. La méthode FIFO (First In First Out) suppose qu’on cède en premier les titres les plus anciennement acquis. A l’inverse, la méthode LIFO (Last In First Out) suppose qu’on cède en premier les titres les plus récemment acquis.

 

Une fois tous les titres cédés, les 3 méthodes de calcul fourniront bien sûr la même plus-value totale.

La différence sera visible uniquement dans les cas de cessions partielles. Dans ce cas de figure, les plus-values réalisées et les plus-values latentes intermédiaires divergeront selon la méthode comptable adoptée. Ce n’est pas si anecdotique qu’on pourrait le croire car le montant des plus ou moins-values latentes influe sur les décisions d’investissements.

Voyons cela de plus près…

Un exemple simple

Le mieux pour comprendre les 3 méthodes de calcul de plus-values est de prendre un exemple simple.

Considérons la situation suivante où un investisseur effectue dans l’ordre les opérations suivantes :

  • opération 1 : Achat d’une action X au prix de 50 €

  • opération 2 : Achat de 2 actions X au prix de 125 €

  • opération 3 : Vente d’une action X au prix de 200 €

Pour simplifier la discussion, les prix d’acquisition et de cession sont supposés inclure les frais de courtage.

 

La méthode fiscale

Le calcul du prix moyen pondéré d’acquisition (PMPA) pour la cession de titres de même nature dits « fongibles » acquis à des prix distincts est décrit au Bofip ici.

Il s’agit tout simplement d’utiliser une formule de moyenne arithmétique pondérée par le nombre respectif de chaque titre acquis à des prix différents. Voir notamment l’exemple de l’alinéa 50 du Bofip précité.

Pour l’exemple encore plus simple qui nous intéresse ici : à l’issue des 2 opérations d’achat, nous obtenons 3 actions X au PMPA de (1*50+2*125)/3 = 100 €.

 

Les méthodes fiscales, FIFO et LIFO divergent à partir de l’opération de cession 3.

Du point de vue de la méthode fiscale, l’investisseur a cédé 1 action X au prix de 200 € pour un PMPA de 100 €. Il réalise donc une plus-value brute imposable de 100 €.

A l’issue de l’opération 3, il reste en portefeuille 2 action X au PMPA inchangé de 100 €.

C’est un point fondamental de la méthode fiscale : la vente de titres de même nature acquis à des prix distincts n’affecte pas le PMPA. Seule l’acquisition ultérieure de nouveaux titres peut altérer le PMPA.

 

Notons au passage que la dernière réforme de la fiscalité sur les plus-values a instauré un abattement croissant avec la durée de détention des titres cédés. L’abattement est nul pour les titres détenus moins de 2 ans, de 50 % pour les titres détenus entre 2 et 8 ans, et de 65 % pour les titres détenus plus de 8 ans.

Des titres de même nature cédés en une seule opération pourront donc bénéficier d’un abattement différent s’ils ont été acquis à des dates différentes. La règle à appliquer dans ce cadre est celle du FIFO. Selon cette règle, ce sont les titres les plus anciens, donc bénéficiant potentiellement d’un abattement plus élevé, qui sont cédés en premier.

Dans l’exemple trivial qui nous intéresse ici, on supposerait donc que c’est la date d’acquisition de l’opération 1 qui ferait foi pour juger de la durée de détention de l’unique action cédée.

 

La méthode FIFO

Du point de vue de la méthode FIFO (First In First Out), on suppose que lors de l’opération 3 on cède l’action X acquise à l’opération 1 : First In First Out, la première action achetée sort en premier.

Mais cette fois, on calcule la plus-value par rapport au prix d’acquisition individuel de l’opération 1. En clair, on réalise à l’occasion de cette cession une plus-value de 200–50 = 150 €.

 

Notez bien la différence avec la méthode fiscale : le titre cédé est supposé identifiable, ou individualisable. Pour le calcul de plus-value, on prend donc en compte son prix d’acquisition individuel, et non plus le PMPA de la série de titres X. Ce cas de figure est d’ailleurs prévu à l’alinéa 10 du Bofip cité plus haut.

 

Ce qu’il faut bien comprendre aussi, c’est que le prix moyen pondéré (PMP) des 2 titres restant en portefeuille (ceux acquis à l’opération 2) est désormais de 125 €.

Ici encore, nous voyons la différence avec la méthode fiscale. Le prix moyen pondéré (PMP) de la méthode LIFO est le prix moyen pondéré des titres X restant en portefeuille pris individuellement. Ce n’est pas un prix moyen pondéré d’acquisition.

C’est pour cette raison que je trouve plus pédagogique d’appeler prix moyen pondéré d’acquisition (PMPA) celui de la méthode fiscale, et prix moyen pondéré (PMP) celui de la méthode FIFO.

 

La méthode LIFO

La méthode LIFO est la petite sœur de la méthode FIFO.

La seule différence est que l’opération de cession 3 est réputée correspondre à une vente d’une des 2 actions acquises au prix de 125 € à l’opération 2 : Last In First Out, la dernière action achetée sort en premier.

La plus-value réalisée à l’issue de la cession est donc ici de de 200–125 = 75 €.

Le prix moyen pondéré des 2 titres restant en portefeuille (celui acquis à l’opération 1 et l’autre à l’opération 2) est de (50+125)/2 = 87,5 €.

 

On voit que le prix moyen pondéré des méthodes FIFO et LIFO peut varier, à la hausse ou à la baisse, après la cession de titres. Ces 2 méthodes de calcul de plus-value sont donc antagonistes de la méthode fiscale dont le prix moyen pondéré d’acquisition ne peut varier qu’à l’acquisition de titres, jamais lors d’une cession.

 

 

La psychologie des plus-values latentes

J’en arrive maintenant au point central de la comparaison de ces 3 méthodes de calcul de plus-value.

 Nous avons vu qu’à l’issue de l’opération 3 :

  • selon la méthode fiscale : notre investisseur a réalisé une plus-value de 100 € et se retrouve avec 2 titres X avec un PMPA de 100 € ;

  • selon la méthode FIFO : notre investisseur a réalisé une plus-value de 150 € et se retrouve avec 2 titres X avec un PMP de 125 € ;

  • selon la méthode LIFO : notre investisseur a réalisé une plus-value de 75 € et se retrouve avec 2 titres X avec un PMP de 87,5 €.

 

Imaginons maintenant que le cours du titre X dégringole brusquement à 90 €. Vous voyez où je veux en venir ?

  • Si l’investisseur a appliqué la méthode FIFO, il se retrouve avec la plus forte moins-value latente sur les 2 titres qui lui restent en portefeuille : 2*(90-125) = -70 € ;

  • Avec la méthode fiscale, il contemple une moins-value latente moins importante de -20 € ;

  • Enfin, avec la méthode LIFO, il se retrouve avec une plus-value latente de 5 €.

 

Ces 3 situations très différentes découlent bien sûr de la variabilité de la plus-value réalisée à l’opération 3 selon le mode de calcul adopté.

 

Vous imaginez tous les ressorts psychologiques qui ne manqueront pas d’intervenir dans pareille situation (multipliez les chiffres par 100 ou 1000, ce sera plus parlant).

L’investisseur en mode FIFO pourrait avoir envie de prendre sa perte latente plus vite que les 2 autres. Ou de moyenner à la baisse s’il croît en l’avenir du titre X, etc…

 

Pour terminer la discussion, que se passe-t-il si l’investisseur décide effectivement de céder ses 2 derniers titres X au prix de 90 € ?

La position étant désormais soldée, la somme totale des plus-values et moins-values constatées devrait être la même quel que soit le mode de calcul adopté. Suspense… est-ce le cas ?

Voyons ça :

  • selon la méthode fiscale : l’investisseur a réalisé une plus-value totale de 100-20 = 80 € ;

  • selon la méthode FIFO : l’investisseur a réalisé une plus-value totale de 150-70 = 80 € ;

  • selon la méthode LIFO : l’investisseur a réalisé une plus-value totale de 75+5 = 80 €.

Ouf ! ça marche.

Les plus-values sont comme la masse en physique : elles se conservent.

 

 

Conclusion : quelle méthode utiliser ?

Nous avons vu qu’il existe 3 méthodes comptables pour calculer les plus-values sur des lignes de titres de même nature acquis à des prix différents.

Mais alors, quelle méthode choisir ?

Votre courtier utilise fort probablement la méthode fiscale. C’est incontournable s’il veut fournir un IFU correct.

Ce choix semble en effet naturel sur un compte-titres ordinaire où les plus-values sont imposées. Autant adopter le mode de calcul de l’administration fiscale pour éviter toute confusion.

Par contre, la méthode fiscale n’est pas forcément le plus pertinente sur un PEA où les plus-values sont exonérées d’impôt après 5 ans. Personnellement, j’utilise la méthode LIFO pour le suivi de mon PEA.

 

Je pense que tout investisseur individuel devrait utiliser un système de suivi informatique indépendant de celui de son (ses) courtiers(s). C’est une précaution qui peut s’avérer utile notamment en cas de transfert de compte (risque d’erreurs lors du transfert, pertes de PMP, etc).

Mes logiciels odsPEA et odsCTO permettent en fait de choisir entre le mode FIFO/LIFO et suivent en doublon la méthode fiscale. On n’est jamais trop prudent.

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  1. Crystal

    Certes, ce n’est pas évident, surtout lorsqu’on est novice ! Perso, je ne connais pas grand-chose sur la bourse, mais c’est un investissement qui m’intéresse !

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